Page 6 - Bulletin n°77
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L’autre sens profond des dix plaies d’Egypte
                         Par le Dr Jean Abecassis


        Voici venir Pessah. Nous connaissons   sion.  Car  la  traduction
        tous les commentaires classiques des   exacte  en  est  très  préci-
        dix  plaies  qui,  pour  la  plupart,  s’inspi-  sément : « Je serai Celui
        rent en reprise du Targoum Onquelos,   qui  serai  ».  Autrement  dit,  Dieu  de-
        et  qui  axent  leur  explication  comme   mande  à  Moïse  de  patienter  et  d’at-
        n’étant  qu’une  sanction  de  l’Egypte   tendre la suite du récit pour savoir en
        consécutive  aux  souffrances  préa-  temps utile Qui IL est vraiment et com-
        lables  infligées  au  peuple  hébreu   ment  IL  se  manifestera  dans  un  futur
        (Traité  Berakh‘ot  9b).  Pour  autant,  je   proche.
        me permets de vous livrer ici un éclai-
        rage  différent  et  qui  s’additionne  à   B)  Relevons  qu’avant  même  ces  dix
        l'exégèse  traditionnelle  de  ce  récit  en   plaies,  ne  se  livrant  que  par  vagues
        toute complémentarité.               successives et bien protégées, Dieu se
                                             définira  négativement  à  Moïse,  en  lui
        I - Préambule                        expliquant  d‘abord  ce  qu‘il  n‘est  pas
                                             (dans Exode 6,3) et qu’il lui faut savoir
        A) Pour ce faire, restituons d’abord le   que  ni  Abraham,  ni  Isaac,  ni  Jacob
        contexte  du  récit  et  relisons  le  verset   n’avaient eu vent du vrai concept de ce
        de  l’Exode  3,  13  où,  Moïse,  en  son   Divin  ni  connu  son  «  tétragramme  »,
        premier  contact  devant  le  buisson  ar-  Dieu ne s’étant pas fait connaître à eux
        dent, interroge alors en toute perplexité   sous  sa  vraie  essence,  qu’ils  mécon-
        Dieu   sur   quel   est   son   chem   naissaient  «  Ouchmi  hachem  lo  no-
        (littéralement  son  Nom)  c’est  à  dire   dah’ti lahém ». Ce qui peut se traduire
        quel est le sens de Sa re-NOM-ée, et   de deux façons :
        l’essence de ce qu’IL est, voire de ses   1) soit par : « Je ne leur ai pas fait con-
        attributs, en un mot, Moïse s’interroge   naître Mon Nom »
        sur l’approche de ce nouveau Divin qui   2) soit par : « Ils n’ont pas su connaître
        l’a  abordé  «  de  l’intime  à  l’inti-   Mon  Nom  »  (Voir  ajlt.com  /  culture/
        me » (panim lepanim) et dont il a mis-  études  19  mars  2014  -  Patriarches
        sion  d'en  informer  le  peuple  hébreu   d’avant Moïse, mythes et réalités). Ce
        (Nota Bene : notons qu’il n’y voit aucun   qui  sera  d’ailleurs  confirmé,  par  la
        ange  en  ce  buisson.  Voir  là-dessus   suite, tant par les lois qui seront édic-
        l’article  ajlt.com/culture/études  du  27   tées pour ne plus agir comme eux (par
        décembre 2012. Aucun ange ne prend   exemple, dans les Tables de la Loi : le
        le  chemin  buissonnier).  Et  Dieu,  nous   10ème  commandement  fait  suite  à
        disent  les  narrateurs,  lui  répond  alors   l’épisode  de  Dina  et  à  l’exaction  de
        littéralement  par  ce  célèbre  dire  :    Siméon  et  Lévi  -  Genèse  Ch  34) qu'il
        « éh‘ié acher éh‘ié » ce que traduit par   va  stigmatiser  et  reprendre  mot  pour
        défaut  le  rabbinat  par  la  périphrase     mot  du  récit  de  ce  contre-exemple.  Il
        « Je suis l’Etre invariable ».       en  sera  tout  autant  par  les  malédic-
        Or cette périphrase est étrangère à la   tions  finales  se  rapportant  aux  exac-
        vraie littéralité du texte et par là même,   tions  des  protagonistes  dans  la  Ge-
        obscurcit  et  détourne  sa  compréhen-  nèse  (par  exemple  sur  le  lien  d’Abra-



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