Mémoire

63 ans après la libération des camps de la mort


Auschwitz, le nom du camp d'extermination d'Auschwitz me fait encore toujours et toujours frémir. Auschwitz symbolise la Shoah, le grand crime contre l'humanité au XXe siècle. Le 24 janvier 1945, il y a 63 ans, les sbires SS allemands s'affairaient fiévreusement à Auschwitz et effaçaient les traces de leurs meurtres: brûlant des dossiers, faisant sauter les chambres à gaz, démontant les fours crématoires et forçant une foule de détenus à bout de force à prendre part à un convoi de la mort en direction de l'Ouest, La Marche de la Mort; peu ont survécu. auschwitz


Ensuite ce sont les troupes soviétiques qui entrèrent dans le camp le 27 janvier 1945. Ils firent échouer cette tentative du régime nazi quant à la dissimulation à la face du monde de ce crime contre l'humanité qu'était la Shoah . La libération d'Auschwitz n'est pas un heureux évènement. Cette Libération est arrivée trop tard ! Trop tard pour l'ensemble des enfants, femmes et hommes déportés vers ce camp. 

 
On a pu libérer à peine 7000 survivants, dont mon Papa, Hayim Baroukh Liebermann, le seul rescapé des 47 membres de ma famille partie dans la fumée des crématoires ou torturés à mort par les nazis. Ils étaient peu nombreux ceux et celles qui ont pu survivre à cet enfer sur Terre. Le soulagement causé par leur délivrance se mêlait à la certitude de l'horrible destin de tous les autres, qui, eux, n'avaient pu être sauvés. Je rappellerai trois témoignages des trois grands noms qui tracèrent leur histoire avec des larmes et du sang. L'écrivain Primo Levi, survivant, décrit ainsi le sentiment d'oppression des soldats lorsqu'ils pénètrent dans ce lieu de l'horreur: "Ils ne saluaient pas, ils ne souriaient pas; ils semblaient bloqués, non pas tant par la pitié que par une certaine gêne qui les rendait muets et les poussait à fixer leur regard sur le sombre spectacle." 
Les troupes américaines et britanniques qui avançaient vers Allemagne venant de l'Ouest se heurtèrent elles aussi à des crimes horribles dans les camps de concentration qu'elles libérèrent. Un autre écrivain, Samuel Pisar, survivant de Majdanek, d'Auschwitz et de Dachau, y fut libéré par les troupes américaines. « Des millions de personnes ont été victimes du meurtre de masse monstrueux et programmé de sang-froid par les nazis: les Juives et les Juifs, avant tout, mais aussi les Sinti et les Rom, les homosexuels, les personnes handicapées, les prisonniers de guerre, les opposants et beaucoup d'autres personnes venues de toute l'Europe. À Auschwitz, Treblinka, Sobibor, Majdanek et dans d'autres camps de concentration et d'extermination, les prisonniers ont été soumis à des tortures barbares exécutées sur l'ordre d'Allemands et par des Allemands, et brutalement assassinés par le travail forcé ou des expériences pseudo-médicales, exécutés ou passés à la chambre à gaz ».

 

Aujourd'hui, 63 ans après ce cataclysme, il est toujours difficile de dire la souffrance, la douleur et l'humiliation des victimes, de nos parents, amis et proches. Nous nous inclinons en ce jour devant toutes les victimes du régime de terreur national-socialiste et animé d'un sentiment de deuil profond nous rendons hommage et prions pour leur mémoire. Auschwitz a été l'expression la plus terrible d'un système aveuglé par la folie raciale et manipulatrice. L'idéologie raciste de l'Allemagne nazie a également conduit à une guerre de destruction criminelle contre la Pologne et l'Union soviétique. Elle a fait s'abattre d'horribles souffrances sur les habitants de ces pays. Auschwitz restera à jamais gravé dans l'histoire de l'humanité comme symbole du mépris de l'être humain et du génocide. Et Auschwitz symbolise aussi l'abominable projet des nazis de faire complètement disparaître les Juifs d'Allemagne et d'Europe à l'aide de toute une industrie de destruction. Six millions de Juifs - hommes, femmes et enfants - y ont succombé.

 

Un autre écrivain, ami et maître, Elie Wiesel , rescapé de Buchenwald, là où se trouvait également mon ami Simon Hochberg , qui n'est plus de ce monde, a dit un jour que le pire avait été le meurtre des enfants, cette destruction de l'avenir: "C'était toujours eux qui étaient les premiers à être saisis et envoyés à la mort. Vouloir dire leur nom à voix haute, réciter les noms de tous ces Moischele, Jankele, Sodele, me prendrait des mois, des années (.)" L »appareil sinistre d'Auschwitz a broyé un million et demi d'enfants juifs sur cette terre. S'ils devaient tous se donner la main, c'est le tour du globe qu'ils constitueraient. C'est aussi ce monde là qui n'a pas eu sa chance dans cette tourmente. Ce crime barbare représente le point moral le plus bas, une rupture de civilisation sans pareille. Aujourd'hui, c'est la responsabilité de la Shoah qui engage tout spécialement les états européens envers l'État d'Israël. Notre histoire nous engage à bannir et à combattre toute forme d'antisémitisme, mais aussi de racisme, de xénophobie et d'intolérance.

 

En grande partie à cause de la terrible expérience de la guerre et de la dictature nazie, les membres fondateurs des Nations Unies ont inscrit la proclamation des droits fondamentaux de l'homme et de la dignité et de la valeur de la personne humaine au début du préambule de la Charte des Nations Unies. Empêcher le génocide, le "plus jamais ça" catégorique, compte parmi les motifs qui sont à l'origine de la création des Nations Unies. Un génocide n'arrivant jamais inopinément, il nous faut lutter contre ses signes annonciateurs. Opposons-nous résolument à la guerre, à la guerre civile et aux violations des droits de l'homme, mais aussi aux idées totalitaires, à la propagande de haine et à l'apologie de la violence. C 'est une obligation morale.

 

63 ans après la libération des camps de concentration, on entend moins le témoignage des rescapés. A un moment de l'histoire on les faisait taire, et maintenant qu'ils sont encore si peu nombreux, leur voix, nous le demandons chaque jour, doit être amplifiée. Oui, le témoignage est nécessaire. Aucune archive, aucun film, aucun manuel d'histoire ne peut rendre leurs douloureuses expériences comme le font les témoignages personnels. Nous qui pouvons encore écouter les survivants avons pour mission de transmettre leur histoire aux générations futures. Afin de pouvoir vivre dans la paix et le respect mutuel, nous ne devrons jamais oublier de quelle barbarie l'homme est capable. "Quiconque ferme les yeux devant le passé ne voit pas le présent. Quiconque refuse de se souvenir de la barbarie se retrouve exposé à de nouveaux risques de contagion." Que la Shoah ait pu se produire au XXe siècle en plein cour de l'Europe et de la main des Allemands et des leurs acolytes devra toujours nous servir d'avertissement : une société éclairée, tolérante et ouverte n'est pas une évidence. Nous devons chaque jour la cultiver pour qu'elle perdure. Le souvenir de tous ceux qui ont été assassinés et la souffrance des survivants des camps d'extermination nazis nous engagent à poursuivre cet objectif commun. Nous devons y ouvrer. 

Zakhor veal tichkah, souviens - toi et n'oublie pas.