LA CULTURE...UN OUTIL CONTRE L'ANTISEMITISME......
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A la mémoire de Jean Bloch, arrêté dans un établissement scolaire en 1944.

En novembre 1950, était apposée dans la salle Ozenne du lycée aujourd’hui appelé Pierre de Fermat, une plaque commémorative de 100 noms d’anciens élèves « morts pour la France », y figure des résistants comme Raymond Naves, arrêté en février 1944, quelques jours avant Jean Bloch qui y est inscrit également. 64 ans plus tard, une plaque à la mémoire de ce garçon était dévoilée devant le collègue Pierre de Fermat (le 20 novembre dernier). 70 ans après son arrestation dans l’établissement parce qu’il était juif. Il n’était pas « mort pour la France ».
Ces deux moments de commémoration révèlent l’évolution des rapports que la société française entretient avec son passé. La mémoire de la Shoah a réussi à s’imposer.


Jean Bloch était élève dans cet établissement appelé alors le lycée de Garçons de la ville de Toulouse. Les classes étaient surchargées pendant la guerre. L’Etablissement a en effet accueilli de nombreux élèves pendant l'Exode de 1940 ou des élèves venant de la zone occupée avant 1942.
Le proviseur, Joseph Pinard en poste depuis 1941, est un pétainiste convaincu. Ce courant est certainement répandu, surtout au début de la guerre et au moins un professeur est devenu un milicien.
Mais il y a aussi une minorité active de professeurs résistants. On pense bien sur à Jean-Pierre Vernant arrivé comme professeur de philosophie en 1940 ou à Raymond Badiou (professeur de Mathématiques) qui remplaça Raymond Naves comme maire provisoire de Toulouse lors de la libération de la Ville.
Et il y a tous ceux qui ont pu quand même, à un moment, faire un geste : le professeur de lettres Pradines annote une copie qui contient une déclaration antiallemande par un « Bravo, mais hors sujet ! » ou le professeur d'histoire Plandé qui conseille aux élèves juifs qu'il connait de ne pas venir en cours quand il y a un risque d'arrestation.
Des enfants juifs étaient  inscrits au lycée sous leur nom véritable ou sous un nom d'emprunt. Jean-Claude Hirsh, venant du lycée Condorcet deParis obtient en 1943 au Concourt Général le 1er prix de Physique et le 1er accessit de Mathématiques (après avoir remporté en 1942 à Paris le 3ème prix de version latine !). Mais, le 5 juillet 1944 sa famille est arrêtée, lui-même doit se cacher dans la campagne toulousaine.
Jean Bloch est donc élève dans cet établissement. En 1944, il est en classe de seconde.


Mais 1944, c'est aussi les derniers de l'occupation qui se caractérisent par une accélération des arrestations de juifs. La dernière grande rafle est exécutée à Paris par la police parisienne le 4 février 1944. Les arrestations individuelles ne s’arrêtaient. La Gestapo opérait directement, aidée par des miliciens. « Toulouse et sa région contribuèrent dans une proportion notable au transfert sur Drancy tout au long des 1ers mois de 1944 ». Jean Bloch en faisait partie.
Il faisait partie des 15 000 Juifs qui sont déportés en 14 convois dont deux au départ de Lyon et de Toulouse en 1944. Durant l'année 1943, 17 000 Juifs sont déportés en 17 convois dont quatre vers Sobibor. Les deux tiers des 32 000 Juifs déportés en 1943-1944 l'ont été de province alors qu'en 1942, les trois quarts des 42 000 Juifs l'avaient été de l'agglomération parisienne. Près de 76 000 Juifs ont été déportés de France (seuls 2 500 d'entre eux ont survécu à leur déportation). De toutes les années d'Occupation, 1942 fut la plus noire : 42 000 Juifs déportés en 43 convois vers Auschwitz-Birkenau.
Il faisait partie des 11 400 enfants déportés de France, 2000 d'entre eux n'avaient pas 6 ans.
« Le bourreau tue toujours deux fois, la seconde fois par l'oubli », Elie Wiesel
Nous n’oublions pas.


Emmanuel Attali,
Professeur d’histoire-géographie, agrégé, au collège Pierre de Fermat.

 

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